La société mexicaine ne se laisse pas abattre (Libération)

Extrait RÉCIT . Au bout de six ans d’une guerre sanglante contre la drogue, les victimes, emmenées par le poète Javier Sicilia, commencent à faire entendre leur voix.

Par EMMANUELLE STEELS Correspondante à Mexico

La guerre des cartels de la drogue qui a marqué le mandat du président Felipe Calderón, six années de violents tumultes qui ont laissé près de 60 000 morts et des milliers de disparus, a eu au moins un effet bénéfique : elle a renforcé l’émergence d’une société civile au Mexique. A travers les révoltes et les revendications de victimes, d’étudiants, de travailleurs, de migrants, une force citoyenne a surgi, sans crier gare. Au point qu’aujourd’hui, elle est incontournable. Même pour le pouvoir.

Tous les candidats à l’élection présidentielle se sont soumis à l’examen que leur imposait la société civile : un entretien au château de Chapultepec, dans le centre de Mexico, avec les représentants du Mouvement pour la paix dirigé par le poète Javier Sicilia. Depuis qu’il a perdu son fils, assassiné par un gang criminel en mars 2010, ce zapatiste et catholique engagé dans toutes les causes de gauche a pris la tête d’un mouvement de victimes de la violence qui dénonce les ravages causés par la stratégie militaire de lutte contre les cartels prônée par Calderón. Les militants ont rencontré plusieurs fois le Président pour lui réclamer des comptes, ont rassemblé plus de 100 000 personnes sur le Zócalo (la grand-place de Mexico), et organisé plusieurs caravanes itinérantes pour porter la douleur des victimes à travers tout le pays.

Chiapas.

«Avant, personne ne parlait des victimes,explique Javier Sicilia. Elles n’existaient pas. Les autorités disaient : les narcotrafiquants se tuent entre eux, il n’y a que 1% des morts qui sont innocents. Nous nous sommes assis en face du Président et nous lui avons dit : “Vous trouvez qu’on a l’air d’être 1% ?”» D’après José Fernández Santillán, professeur de sciences politiques à l’institut technologique de Monterrey (nord-est), la mobilisation des victimes représente un sursaut exceptionnel de la société civile : «Ce mouvement qui a surgi des manquements de l’Etat, de son incapacité à protéger les citoyens, a forcé le pouvoir à un dialogue direct. De manière totalement inédite dans notre pays, la société civile a assis le pouvoir en face d’elle et lui a dit ses quatre vérités. C’est un événement : la barrière entre la voix officielle et la voix populaire est tombée.» La suite Libération

 

 

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