Après cinq ans d’approche répressive, incertitude sur la politique des drogues

LE MONDE | 31.05.2012 à 15h08 • Mis à jour le 31.05.2012 à 15h08

Par Laetitia Clavreul

Il laisse derrière lui une Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (Mildt) au bilan contesté. Même si Etienne Apaire, président sortant, ne peut être jugé seul responsable de la dégradation des chiffres de consommation de substances psychoactives, l’enquête européenne Espad, publiée jeudi 31 mai (ici en PDF), vient appuyer les critiques dont l’organisation est l’objet chez les spécialistes des drogues. La nomination de cet ex-conseiller de Nicolas Sarkozy à la tête de la Mildt, en 2007, avait marqué le tournant répressif de cette structure chargée de coordonner les différentes politiques de lutte contre les drogues. Ses méthodes directes ont rapidement créé une distance avec les associations de lutte contre la toxicomanie.

Celui qui est aujourd’hui inspecteur général adjoint des services judiciaires s’est aussi coupé du comité scientifique de la Mildt. Il avait fini par ne plus se réunir, à la suite de la démission de plusieurs de ses membres en 2010. A l’époque, M. Apaire avait refusé de lancer une expérimentation sur les salles de consommation à moindre risque, malgré la recommandation de l’Inserm. « Je lui avais dit lors d’une intervention publique que les toxicomanes devaient être considérés comme des victimes, pas comme des coupables », se souvient le Pr Jean-Pol Tassin, président du comité scientifique.

Comme beaucoup d’autres, M. Tassin ne peut s’empêcher de faire la comparaison avec la présidence de Nicole Maestracci (1998-2002), elle aussi magistrate, nommée sous le gouvernement Jospin. Celle-ci avait imprimé à la Mildt une vocation sanitaire en insistant sur la réduction des risques. Après elle, l’addictologue Didier Jayle, nommé sous la présidence Chirac, avait recentré la politique de la Mildt sur le cannabis, dont l’usage avait augmenté chez les jeunes. Il avait mis en place les communautés thérapeutiques (un dispositif centré sur le sevrage), et les consultations pour jeunes consommateurs.

A son arrivée, en 2007, M. Apaire insiste au contraire sur l’interdit de la consommation et créé une sanction : les stages de sensibilisation aux dangers de l’usage de stupéfiants imposé aux consommateurs de cannabis interpellés. Face aux critiques, il avait rappelé, fin 2011, que les soins et la prévention représentaient 80 % des crédits d’intervention de la Mildt.

LA GAUCHE RESTE PRUDENTE

« Comme tout juriste, il a pensé que la loi pourrait tout résoudre, mais il a compris que ce n’était pas suffisant. Il a changé cependant, et pris un virage vers l’éducatif », remarque Marie Choquet, directrice de recherche honoraire à l’Inserm, épidémiologiste et psychologue. Cette spécialiste des adolescents est devenue sa conseillère à mi-mandat. Elle a poussé pour que l’accent soit mis sur le dialogue avec les parents. La Mildt a aussi financé un guide pour accompagner les professionnels travaillant dans les consultations de jeunes consommateurs réalisées par la Fédération addiction.

Comme d’autres spécialistes, la fédération estime cependant qu’il est temps de sortir de l’ »approche dépassée » des dernières années. Ils sont nombreux à penser qu’une page doit être tournée. « Il faut redonner le leadership à la santé publique, sans pour autant lâcher prise sur la répression du trafic et l’ordre public », estime le député PS Jean-Marie Le Guen. Beaucoup plaident pour la nomination d’un homme ou d’une femme politique capable d’emporter des arbitrages auprès de Matignon et de l’Elysée. Comme savait le faire M. Apaire.

Pour l’instant, difficile de savoir quelle politique adoptera le nouveau gouvernement, resté silencieux sur la délicate question des drogues. Le candidat Hollande s’était dit favorable aux programmes d’échange de seringues en prison et à une expérimentation des salles de consommation. En fin de campagne, il avait également refusé de reprendre la position de son conseiller sécurité, François Rebsamen, pour une contraventionnalisation de l’usage du cannabis. « Je ne la reprendrai pas pour des raisons qui tiennent à la nécessité de l’interdit du cannabis, qui ne doit pas être affaibli », avait déclaré le futur président, ajoutant : « Nous pouvons rester sur une logique pénale et y ajouter une logique de soin. » Mais cela ne fait pas une politique de lutte contre la toxicomanie : la gauche reste prudente, de peur d’être accusée de laxisme.

Laetitia Clavreul

Voir aussi : Drogues : l’échec des politiques répressives chez les jeunes


Pierre Chappard
Coordinateur du Réseau Français de Réduction des Risques
Tel : 06 63 55 65 54

Site : www.reductiondesrisques.fr
Twitter : @Pierrechappard
@infodrogues
Facebook du Réseau
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