La salle de consommation de Bilbao n’aurait pas pu voir le jour sans les soutiens et le financements français et européens Propos recueillis par Pierre Chappard

Jean-Pierre Daulouède : «La salle de consommation de Bilbao n’aurait pas pu voir le jour sans les soutiens et le financements français et européens»

 

L e colloque THS (Toxicomanie-Hépatite-Sida) a été le premier colloque français sur la réduction des risques. Il est maintenant l’un des colloques européens et internationales les plus reconnus. Il se tient à Biarritz, du 11 au 14 octobre prochain. Le Réseau Français de RDR, partenaire de THS, y présentera un atelier sur « les nouveaux défis de la réduction des risques », et une exposition photos, sur les salles de consommation à travers le monde. Le Dr Jean-Pierre Daulouede, directeur de THS, mais aussi l’un des cofondateurs de la salle de consommation de Bilbao, revient dans un entretien sur les enjeux de ce 10ème THS. On y apprendra également comment la salle de consommation de Bilbao a pu être mise en place grâce à un tour de table faisant intervenir des financements européens mais aussi français….

Peux tu me présenter ce 10eme THS ?

C’est le 3eme à Biarritz, il va se tenir dans des conditions compliquées puisque l’Europe et le monde entier sont en crise économique. Ca ne facilite pas l’organisation de cet événement. Mais grâce à ‘une forte mobilisation des scientifiques, des soignants, des associatifs, des associations d’usagers, on va réussir à le tenir.

On y est d’autant plus attaché qu’il est unique en Europe et peut être au monde, dans la mesure où il n’existe pas à ma connaissance d’organisation qui associe des disciplines aussi différentes, mais en lien, qui sont à la fois l’addictologie, mais aussi les risques infectieux qui sont liés à l’usage de drogues. On est soucieux d’avoir un haut niveau d’apport scientifique dans les trois domaines qu’on vient d’évoquer, les addictions, le sida, les hépatites. Il faut dire que le problème du VIH, si il est moins dramatique en France, est très loin d’être réglé dans le monde. Il y a des régions telles que l’Europe de l’est et l’Asie, qui sont dramatiquement touchées par les contaminations VIH liés à l’usage de drogue. Dans ces pays, contracter le sida par injection ou par voie sexuelle, c’est être souvent condamné à mort. Parce que non seulement dans ses pays, les toxicomanes sont réprouvés, mais ils n’ont pas accès aussi pour des raisons économiques aux tri-thérapies. Il y a un impératif éthique majeur au niveau planétaire de considérer les problèmes addictions-hépatites-sida. Et puis, si le VIH est jugulé en France, il y a beaucoup à dire sur le problème de l’hépatite, largement diffusée, et pour laquelle l’accès au soin est globalement très insuffisant.

Il me paraît très important de maintenir cet espace d’informations scientifiques, mais aussi un forum, un lieu de rencontre, auquel on s’efforce de donner ce qu’il y avait à l’origine, c’est à dire un idéal humaniste mais aussi un climat de convivialité et de fraternité, qui est nécessaire pour faire avancer les choses. Parce qu’il ne suffit pas de découvertes scientifiques pour régler de tels problèmes. C’est pour cela qu’on tient à une association de tout les partenaires, et surtout les éventuels bénéficiaires de ce type de soin et de prévention, puisque pour reprendre les paroles de Thomas Sankara, le président du Burkina Fasso, qui disait aux occidentaux, « Tous ce que vous ferez pour nous, mais sans nous, vous le ferez contre nous ». C’est la même chose pour l’usage de drogue.

Est ce que tu peux me parler des têtes d’affiche ?

Il y a une participation forte du Nida (National Institute on Drug Abuse) américain. C’est l’institut de recherche en addictologie le plus puissant du monde, puisque c’est comme ils le disent eux mêmes, un budget à «  one billion dollars » (un milliard de dollars). Le tiers de ce budget est consacré aux problèmes de sida et d’hépatites liés à l’usage de drogue. La directrice du NIDA, Dr Nora Volkow, participe au colloque ainsi que le Dr Jacques Normand qui est le directeur du programme Sida du Nida. Il y a aussi les pionniers de l’addictologie, comme le Pr Charles O Brien de Philadelphie. A l’époque, c’est son équipe qui a montré que les programmes de méthadone réduisaient le risque de contracter le VIH. Au moment ou l’épidémie de Sida arrivait à Philadelphie, 11% de ceux qui avaient un traitement méthadone contractaient le VIH, quand c’était 30% pour ceux qui n’étaient pas en traitement. C’est un des papes mondiaux de l’addictologie. Le Pr Mary Jeanne Kreek, la survivante du trio qui a inventé la méthadone dans l’addiction aux opiacés, s’est réinvitée. Il y le Pr Thomas Kerr de Vancouver, qui à l’occasion de la création de la salle de Vancouver, est devenu l’un des scientifiques les plus titrés en matière d’évaluation des impacts d’efficacité des outils de réduction des risques. En particulier, il vient de publier dans le Lancet, un papier sur la réduction du nombre d’overdoses grâce à l’installation de cette salle à Vancouver. Il y en a beaucoup d’autres, le Pr Casas de Barcelone qui est un des pionniers des programmes d’héroïne, le Dr Jean-Jacques Deglon, le président de SETHS, qui en Europe, est un de ceux qui a été le pionner de la méthadone et de la connaissance de ces conditions optimales d’utilisation. Il y a le Pr Trepo de Lyon, gastro-entérologue à l’origine, qui a monté dans son service un centre de traitement du VIH (le plus important de Lyon) ainsi qu’un centre de méthadone.

Le THS, c’est le premier colloque en France sur la RDR ?

Oui, le THS a été créé en 93, avec Bernard Kouchner, Jean-Pierre Tarrot, le médecin de Mitterand, et Jean-Marie Guffens C’est sous l’impulsion de se dernier, médecin à Saint Tropez, gastro-entérologue interniste, humaniste, convaincu que beaucoup de retard avait été pris en matière de RDR en France, que ce colloque s’est tenu. Ca a été un peu confidentiel, mais ça a permis de constituer une petite confrérie militante de la réduction des risques. Je me souviens d’avoir fait ma présentation sur l’expérience de la substitution, puisque je prescrivais alors du Laudanum. J’étais à la tribune avec Anne Coppel et Philippe Duneton, qui était l’époque directeur de cabinet de Kouchner, et qui est maintenant secrétaire exécutif adjoint de Unitaids.

C’est une peu là, et même beaucoup là que se sont décidé les premiers programmes méthadone. C’est la que l’intérêt de l’autorisation de la buprénorphine a pris corps.

Bref, ca commencé à Saint-Tropez, et ça continue tous les deux ans. Quand Jean-Marie Guffens a commencé à être malade, on a pris le relais à sa demande à Biarritz, grâce à un appui très important au plan financier et matériel de la mairie de Biarritz (et de son maire Didier Borotra), et du conseil régional aquitaine (et de son président Alain Rousset). Sans ces aides là, ce congrès qui a voulu s’exonérer de la tutelle de l’industrie pharmaceutique, n’aurait pas pu garder son indépendance.

L’Avenir de la RDR en France ?

Je pense ce qui a été parfaitement dit par les signataires de la « Déclaration de Vienne », c’est à dire la mise à disposition d’outils « evidence-based », d’outils de traitement et de prévention qui soient fondés sur l’efficacité, et non pas sur une approche idéologique ou politique.

Je pense que c’est aussi une évolution de la société par rapport à une meilleure perception de l’usage de drogues, et je crois beaucoup à l’addictologie. C’est important de comprendre qu’un héroïnomane, délinquant, violent, souffre de la même maladie que le chef d’entreprise work-addict. Ce sont les mêmes régions du cerveau qui sont concernées, mais l’une est plus tolérable par la société que l’autre.

Il y a une confusion à lever, c’est la distinction entre l’usager, et l’usager abusif ou dépendant. L’usager d’autobus, de voiture, de cannabis, de vin, d’héroïne, de la poste, ne relèvent pas de la pathologie médicale. Par contre, dès qu’apparaît, dans quelques usages que ce soit, de drogue, de sexe, ou autre, une perte de contrôle, la médecine a à voir, et la science aussi.

A partir de ce moment là, la compréhension de ce mécanisme commun des addictions, devrait être un outil très puissant de déstigmatisation de la toxicomanie, et permettrait approche beaucoup plus détendue et moins idéologique de ces problèmes, pour se concentrer sur ce qui est efficace. C’est dans ce sens là qu’on pourra évoluer dans notre pays pour accéder à une pleine citoyenneté, de tout les addicts, et particulièrement de ceux que des lois de circonstances pénalisent.

Tu as été un des cofondateurs de la salle de consommation de Bilbao ?

Je travaille dans une région frontalière avec l’Espagne,et cette frontière est plus artificielle qu’ailleurs, puisque on est au Pays Basque des deux cotés Il nous a paru évident qu’en matière de VIH, le virus se moquait de la frontière. : on a vu ici, le Pays Basque français être en France une des zones les plus contaminées par le VIH, autant que le Pays Basque espagnol. Alors que la région voisine, le Béarn, il y avait deux fois moins de sida. C’est donc un phénomène transfrontalier, on s’est dit qu’il fallait faire quelque chose en transfrontalier. On a eu la chance d’appartenir à Médecins du Monde (MDM), et de retrouver nos amis de MDM aux Pays Basque, Munduko Medikuak, pour envisager des actions de RDR en partenariat. Nous avons fait d’abord des études épidémiologies. Des études très simples, aller se mettre sur les parking des macro-discothéques espagnoles, et relever les numéros minéralogiques. Et s’apercevoir qu’il y avait 80% de français. Après on a fait une enquête sur les consommations, les prises de risques. Dans le même temps, nous présentions un projet transfrontalier de RDR en milieu festif, et MDM Bilbao nous a demandé d’inclure dans cette demande de financement européen (Interreg III), le projet d’une salle de consommation supervisée, parce qu’ ils étaient au cœur de scènes ouvertes. On a donc inclus une salle dans ce projet transfrontalier à deux volets : le milieu festif et la salle de conso de Bilbao. On a construit le projet avec eux, qui sans le travail transfrontalier et son financement à 500 000 euros n’aurait pas pu voir le jour. En effet, un des leviers de ces financements européens, c’est qu’il faut au moins 50% de cofinancements. Les crédits mobilisés par le Conseil Régional Aquitaine à travers les fonds communs de coopération Aquitaine Euskadi, et les fonds transfrontaliers en particulier, ont permis de constituer l’essentiel de ces cofinancements. L’appui et le financement du Conseil Régional Aquitaine a été déterminant dans le montage de la salle de consommation de Bilbao.

Cette salle de Bilbao, reste à mon sens, exemplaire, en particulier sur tout le travail qui a été fait au niveau de son implantation avec le voisinage et la communauté.

Propos recueillis par Pierre Chappard

 

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